samedi 6 février 2010

"Jaz ? Ta gueule!" "Oui mais..."

"Je pense que la seule crainte de mon père était qu'en cessant de faire du bruit, ne serait-ce qu'une seconde, les gens oublient qu'il existe, ce qui pour lui équivalait à ne plus exister du tout."
-Robin Cook-

dimanche 17 janvier 2010

Un grumeau dans l'espace

Présentation.


Charlie aime les glaces à la menthe et au chocolat, Madame Barns, sa maîtresse spéciale rien que pour lui, les promenades dans le parc à côté de la maison, sauter dans les feuilles mortes d'automne, et l'odeur des affaires que sa maman vient tout juste de repasser. Charlie aime aussi le rouge des coquelicots, on dirait des coccinelles prêtes à prendre leur envol. Et Charlie aime les coccinelles. En particulier Allie, sa coccinelle à lui. Charlie aime aussi le ciel, des fois quand il tend la main vers lui, il a l'impression de pouvoir l'agripper avec ses doigts, mais non le ciel est à chaque fois trop haut pour lui. Oh bien sûr il ne lui en veut pas, il sait que c'est de sa faute à lui, il n'a qu'à finir sa soupe comme son papa le lui demande à chaque fois, pour pouvoir grandir grandir et grandir encore, et ainsi être assez grand pour prendre le ciel dans ses bras, mais Charlie n'aime pas beaucoup la soupe.

Mais ce que Charlie aime par dessus tout, ce sont les petites lumières vives qui brillent dans le ciel la nuit. Des étoiles ça s'appelle, il le sait il l'a lu dans un livre. Si Charlie devait voyager quelque part, ça serait là-bas qu'il irait. Charlie, plus tard, il veut faire cosmonaute. Ou astronaute. Ou spationaute. En fait, ce sont des mots compliqués pour dire la même chose, ce sont les messieurs qui voyagent dans l'espace dans de grandes fusées blanches. Oui, c'est ça que Charlie veut faire quand il sera grand. Vivre parmi les étoiles.


Charlie a 12 ans. Charlie s'appelle Charlie, mais il n'y a bien que ses parents pour l'appeler encore Charlie. Pour tous les enfants, à l'école, c'est le Mongolien. Quand un adulte entend ça, il gronde gentiment l'enfant, ce n'est pas très gentil de dire ça, mais les adultes ne sont pas beaucoup mieux, eux l'appellent le Grumeau.

Pour presque tout le monde maintenant, Charlie c'est le Grumeau.


Et un jour, le Grumeau ira dans l'espace...





mercredi 23 décembre 2009

L'étrange Noël de Mr. Zomby

(Les Gremlins)

Joyeuses fêtes !

Tout plein d'amuuur, de sourires, de rires, de soleils, d'arcs-en-ciel, de chantilly et de Nutella dans vos p'tits coeurs

Je vous aime




Découvrez la playlist Nouvelle playlist 5 avec Renaud

mardi 22 décembre 2009

Ecrire pour exister

Papa crie. Encore. Et maman pleure, comme à chaque fois. Ça me fait peur, tout ce bruit, toute cette rage, toutes ces larmes. Alors je me réfugie dans ma chambre. Mais les murs n'empêchent pas, j'entends tout, c'est comme si je les voyais, et c'est encore pire.
J'allume mon petit ordinateur. Bienvenue, qu'il me dit. C'est le premier mot qu'on m'adresse aujourd'hui, et bizarrement, ça me touche. Je lui en suis reconnaissant.
Une page blanche, cadavérique, s'affiche devant moi. Il n'y a bien que la page qui est blanche, parce que dans ma tête, c'est déjà plein de couleurs, de mouvements. De vie.
Les cris du salon s'atténuent, puis s'estompent. Je le sais bien qu'en fait, ça continue là-bas, que ça redouble même de violence, mais je ne les entends plus. D'ailleurs, il n'y a plus de salon, plus de chambre, plus de maison, plus de parents. Juste mes doigts qui pianotent frénétiquement sur le clavier, sans même m'en rendre vraiment compte, et tout ce monde, tout cet univers enfermé dans ma tête qui se libère, qui explose. Je suis entouré par le monde créé.
Et cette sensation qui ne me quitte pas, cette petite boule chaude au creux du ventre et qui gagne de l'ampleur, c'est déjà un brasier, oh mon dieu je prends feu de l'intérieur, je suis un incendie abandonné, un véritable petit incendie abandonné, un incendie de plaisir.
Si maman entrait maintenant, je crois que je lui ferai peur, à taper vite, encore plus vite, au bord de la folie, ravagé par ce feu interne, les traits déformés par la douceur. Oui, je crois que je lui ferai peur.
Mais maman n'entrera pas. Maman n'entrera plus. Aussi vite qu'elle est arrivée, la transe a disparue. Maman s'est tue. C'est papa qui pleure désormais, qui gémit, oh pardon je suis tellement désolé chérie, je ne voulais pas faire ça, je suis désolé oh pardon.
Vite, retrouver l'ordinateur, retrouver mon monde, y rester enfermé, pour toujours, et oublier. Et oublier.



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samedi 5 décembre 2009

IX / IX

Annexe. Texte de Mademoiselle Chat.

Hôpital des Lumières Mortes. Chambre 113. Elle. Claire Coment. Aide soignante. Lui. Thomas Dariau. Patient. Je me demande parfois ce qu'on voit de moi.

La réponse est simple : rien. Je suis aide-soignante. Et je ne vois rien. Rien d'autre qu'un esprit et un corps meurtri. Rien d'autre qu'un mur infranchissable, gris, noir. Et des barreaux. Des barreaux dans ses yeux. Une cage, hors du monde. Un monstre humain. Je me heurte à un regard embrumé. Brouillard, larmes, souvenirs. Brumes de vie. Les flots déferlent dans ses yeux et m'emportent. Je ne comprends pas. Il ne me demande rien. Ne reproche rien. Seulement contre lui-même. Il s'attaque et se mord. En silence. Sa détresse se mêle à la mienne. Celle de l'incapacité. De l'aide impossible. Des images de scènes inconnues repassent dans ses yeux. Un film d'horreur personnel. Je voudrais lui crier dessus. De partager. De briser le silence. D'expliquer. De hurler, aussi. Ses hurlements ne restent que silence et peur. Sa peur tourbillonne dans la pièce et vous étouffe. Comme on étouffe un cri de douleur. La sienne vous serre la gorge, les poumons et le coeur. Toutes les théories du monde s'arrêtent au premier pas dans cette chambre. Du médical au métaphysique. De la compréhension au respect même. Plus de repères quotidiens, ni les traits physiques, ni le regard, ni la soif de vivre des souffrants qui appelle à l'aide. Il n'y a rien ici qui appelle ou redonnerai espoir. Il n'y a qu'un mur de silence et de honte qui vous plaque au sol et vous claque au visage. Un mur, une barrière, une frontière. L'indicible.

Dédicace: A Hélène, pour son soutien et sa précieuse amitié, inconditionnels évidemment.

VIII / IX


Carte chance: Allez en prison. Avancez tout droit en prison. Ne passez pas par la case Départ. Ne recevez pas 20 000 euros.

Je rentre dans la cellule. Et partout sur les murs, en grandes lettres de sang, tueur tueur d'enfants tueur de père tueur de mère tueur d'amis tueur de famille tueur de bonheur tueur de vie, partout sur les murs ces mots accusateurs. Les geôliers ne semblent rien remarquer, mais moi je vois. La porte se referme derrière moi, me laissant seul avec ces murs, avec ces mots qui me tombent dessus et je courbe l'échine et ploie sous le poids, le poids des mots. Ça me trotte dans la tête, je n'y échappe pas, même quand je ferme les yeux je les vois, et ça me trotte dans la tête, ça me murmure tueur tueur tueur tueur...

A suivre...

VII / IX


Mes doigts caressent le bracelet qui enserre mon bras gauche, c'est presque devenu automatique, ils le caressent sans même que j'y pense. Le métal est froid. Il pourrait être brulant, je ne verrais pas la différence, pour moi le froid et le chaud c'est pareil maintenant, c'est rien, ça n'a plus d'importance. J'ai la tête ailleurs. Je reste là prostré dans le lit, sans bouger si ce n'est mes doigts,et laisse le monde tourner autour de moi comme si de rien n'était, et pourtant ça remue à l'intérieur. Mon esprit fait des siennes, fait des vagues, divague, vacille, défaille et déraille, les flash-back s'affolent, se croisent, s'entrechoquent, s'entremêlent, s'unissent, se multiplie pour repartir de plus belle. Les scènes repassent en boucles comme des coups de poignards. Si on retournait ma peau, on verrait de profondes entailles, des lacérations. Il serait peut-être bon de tout arracher, comme cette page qu'on déchire plutôt que de la tourner, parce qu'on ne peut tout simplement pas, la tourner, on en est incapable, on arrive pas à passer le cap, à oublier, les démons nous hantent toujours, alors on arrache on déchire, on croit que ça aidera, la violence plutôt que la douleur, mais on se trompe oh combien on se trompe, parce que notre colère prend vie de notre souffrance, la peine est encore là, plus forte devant notre incapacité vaine à la faire disparaitre, et les démons nous hante toujours. On est plus qu'une épave habitée par nos propres fantômes.
Mes doigts caressent le bracelet qui enserre mon bras gauche, il est trop serré il mord ma chair, mais ce n'est pas bien grave, écorché comme je suis. Ils passent sur la courte chaine puis sur le second anneau métallique lové autour de la rambarde du lit. Deux bracelets de fer reliés, qui unissent, encore mieux que des alliances, et c'est à une rambarde de lit que je suis accroché, pas la main de Lise, oh non, mais à une rambarde de lit. Ils doivent avoir peur que je m'échappe. Pas les médecins, eux ils savent. Mais les deux hommes qui sont venus, les policiers. Il faisait sombre, et le bleu de leur uniforme devenait noir, une tâche d'encre d'obscurité les recouvrait, tout vêtus de noir, de képis noirs, de chemises noires, de pantalons noirs, de pistolets noirs, de bottes noirs, de yeux et de cœurs noirs. Ils m'ont attaché au lit, pour que je ne m'échappe pas. Mais je n'ai pas envie de fuir. Je n'ai envie de rien. Ils m'ont regardé, droit dans les yeux, un rictus sous leur lourde moustache, et leurs yeux riaient aussi, j'ai pu voir un croissant de lune de sourire briller dedans.
Ils vont bientôt m'emmener. A l'Ombre ils ont dit. Leur royaume, l'Ombre. Ils vont m'enfermer dans un des cachots, dans leur forteresse noire. Leur royaume de cauchemar, l'Ombre.

***

VI / IX


Pas des larmes de crocodile, ni des larmes amères. Non. Je passe ma langue sur mes semblants de lèvres, et je sens. Mes larmes ont un goût de sel. Un goût de mer. Ce sont des larmes de baleine, de grosses larmes gorgées de sel, le sel de la tristesse, de la détresse, du désespoir. Je pleure des larmes de baleine, des larmes de c'est assez, oh oui c'en est assez. Je hurle. Mon chant de baleine à moi. Je hurle jusqu'à l'épuisement, et puis me tais. Définitivement. Je replonge dans les profondeurs insondables de mes océans. Je me tais définitivement.
Les infirmières me regardent, les yeux remplis de détresse, elle résonne d'ailleurs comme une alarme stridente dans leurs yeux, je l'entends, c'est comme un gyrophare ça illumine et ça tourne dans leurs yeux, la détresse ça se voit, je la vois. Les médecins aussi, ils me regardent un peu comme ça. Pas tous, pas totalement, ils ont encore un espoir, l'espoir de me voir. Lever un bras. Attraper leur fourchette en plastique. Piquer un aliment qui semble fait de la même matière que la fourchette, je suis sûr que la nourriture des hôpitaux a le goût de plastique, j'en suis sûr, même pas besoin de goûter, j'en suis sûr. Et puis l'avaler. Ils aimeraient. Plutôt que ces aiguilles dans mes veines dans mon bras, censées distiller de la nourriture liquide directement dans mon corps. Ils aimeraient.
Ou me voir ouvrir la bouche, et émettre un son, n'importe lequel je crois qu'ils seraient content, ça serait un signe, le signe que, ça serait toujours ça, toujours mieux que ce silence si criant, si écrasant, si effrayant.
Ou voir mes yeux se poser sur quelqu'un, me voir les voir, me voir les regarder, eux, vraiment. Pas ces yeux dans le vide, pas mes yeux dans ce vide abyssale, dans cette abime qui fait peur, parce que mes yeux ne reflètent qu'un trou, un trou sans fond, un trou sans fin, rempli de rien, ou alors de vide, de néant. Et il n'y a pas de vie dans le néant, alors le néant fait peur. Le néant de mes yeux, le néant de mon être.
Ils aimeraient. Mais la volonté se heurte à l'incapacité. Ils se sentent inutile, à ne pas réussir à. Et puis la peur. Ils me le disent avec l'alerte dans la voix, si je continue comme ça, je vais crever, ils en ont peur, que je me laisse crever, et eux qui ne peuvent rien y faire, ils ne veulent pas ça, et pourtant. Je m'en fous. Je peux me laisser crever. Ca n'a plus d'importance. Plus rien n'a d'importance. Plus rien. Plus de désir, plus d'envie. Rien. Le vide. Le néant. Parler, manger, voir. Pour quoi faire ? Je n'en vois plus la peine. Je n'y arrive pas sans même essayer. Je n'en vois pas la peine. Plus rien. Le vide. Le néant.

***

V / IX


Le petit tourne la tête vers sa mère, gravement, les sourcils froncés.
-C'est qui ? Il est où Papa ?
Je sens sa confusion, son incompréhension. Je peux même voir le point d'interrogation dans ses yeux. Je le comprends, sa mère lui présente comme son père un homme affalé dans un lit d'hôpital, ce n'est même plus un homme, c'est une épave, un morceau de viande déchiqueté en lambeaux, un puzzle de chair dont les pièces auraient été mal assemblées, c'est une momie, il est recouvert de bandage, c'est un monstre, un monstre qu'on cache comme on peut. Ce n'est même plus un homme. C'est moi.
Mais il est troublé, parce qu'à travers les bandages il voit des yeux, des yeux qu'il connait, à vrai dire les même que les siens, vert pailletés de marron, mais en plus vieux, oui les même yeux mais en plus vieux, les yeux de son père, pourquoi, comment ça se fait, qui es-tu, as-tu mangé mon père, tu lui as volé ses yeux c'est ça, rends-les moi, rends-les lui, rends-moi mon père, je t'en supplies je veux mon père, rends-le moi, maman est triste elle pleure dans les couloirs de l'hôpital elle pleure à la maison quand elle croit que je suis endormi elle pleure mais moi je l'entends à travers le mur elle pleure même des fois comme ça sans prévenir à table ou devant la télé ou dehors quand on joue, rends-lui papa, s'il te plaît, je l'aime mon papa rends-le moi il doit être là me voir grandir m'aimer me protéger de tous les dangers de tous les monstres de monstres comme toi c'est lui qui devait gagner pas toi, recrache-le, pourquoi maman croit que c'est toi papa c'est pas vrai, tu arrives peut-être à tromper maman peut-être à cause des yeux les yeux de papa, mais moi ça ne marche pas ça ne prends pas je suis plus malin que ça plus malin que toi je ne te crois pas tu ne me trompes pas tu n'es pas mon père, recrache-le, régurgite-le, rends-le moi !
C'est un cri, un cri déchirant, un cri muet, le cri de ses yeux, un cri qui me vrille les tympans, m'assomme, me brise le cœur. J'ai mal, un étau m'enserre le cœur, j'ai un poids sur la poitrine, j'ai du mal à respirer, je cherche un nouveau souffle. Pendant que je dormais anesthésié, ils m'ont ouvert le ventre et l'ont rempli de pierres, j'en suis sûr, puis recousu, refermé ni vu ni connu, j'en suis sûr, je ne suis pas une momie en fait je suis le Grand Méchant Loup et je me sens lourd, pesé, écrasé. Et je détourne les yeux. Trop mal, trop honte. Je ne suis plus son père, je ne suis plus le modèle, celui qui papa quand je serai grand je voudrais faire toi, je ne suis plus celui qui lui lisait des histoires avant de s'endormir, celui qui l'accompagnait chaque matin à l'école en lui tenant la main, celui qui vérifiait chaque soir sous son lit et dans le placard s'il n'y avait pas de monstres et récitait une formule magique juste au cas où, celui qui le regardait dormir en souriant, celui qui s'inquiétait aux moindre toussotements, nez qui coulent, pleures, stabilisateurs de vélo enlevés, égratignures, bobos, celui qui frottait sa joue à lui à la barbe (re)naissante contre sa joue, celui qui l'aimait, celui qui. Je ne suis plus son père. Je le lis dans ses yeux. Pour lui, je suis un étranger, un inconnu, pire, celui qui a pris la place de son père, qui l'a tué, remplacé. Un imposteur. Un monstre.
Je ne suis plus.

-Thomas, mon chéri... (elle éclate en sanglot) Je... Je suis désolée, mais...
Elle se tait, ou plutôt elle ravale les paroles qui pourraient encore sortir, parce que c'est inutile ça serait toujours la même litanie alors elle ravale ses mots, les étouffe dans sa bouche, et elle se tait. Elle est épuisée elle n'en peut plus elle se sent vide vidée de l'intérieur, mais elle tient bon. Elle essuie ses yeux d'un revers de la main, mais elle est trahie, ses joues sont encore humides d'une récente rosée, d'une averse au goût de sel, ses yeux sont toujours rouges et noyés sous les larmes et le flot n'est retenue que par une mince barrière une barrière invisible mais qui tient bon elle aussi c'est un barrage de fortune mais qui ne cèdera pas. Elle fait sa brave, mais je vois bien. Elle souffre, ça se voit, et je souffre avec elle, j'ai l'impression qu'on m'enfonce des doigts glacés dans le cœur. Elle a retenue sa respiration, même le temps semble s'être arrêté tout autour, instantané fixé figé. Et elle tourne les talons, me tourne le dos. Elle ne respire toujours pas, et elle fait un pas, puis un autre. En apnée. Lentement, comme si elle avait peur que le sol s'effondre sous elle, mais il tient bon. Elle ne comprend pas que c'est le mien de sol, que c'est mon monde, qui s'effondre. Elle avance. Un pied devant l'autre, un pas après l'autre. Elle franchit le cadre de la porte, et là, elle se dégonfle comme un ballon de baudruche, expulse tout l'air retenu dans ses poumons, ça y est c'est fait, c'est terminé. Je suis sûr qu'elle ferme les yeux. Pas besoin de voir, je le sais. Elle les rouvre, et le monde lui paraît légèrement différent, elle ne saurait dire en quoi, mais il lui paraît différent, dans la perception qu'elle en a, différent, je le sais ça aussi. Elle est sortie de ma chambre. Elle est sortie de ma vie. Elle rejoint l'obscurité du couloir et ses ombres, pour en devenir une elle-même. Sans même un regard en arrière. Je ne la vois plus. Elle s'est sortie de ma vie.
Je me sens lourd. Et brisé. A l'intérieur. Je le sens, quelque chose cloche. A l'intérieur. Et je comprends, je suis aussi ravagé dehors que dedans, et ça fait mal, encore plus mal peut-être bien, infirmière de la morphine pour mon cœur s'il respire encore s'il bat encore, de la morphine, je ne sais pas je ne sais plus, un caillou bloque tout je me sens mal, oui un caillou enraye la machine, ça fait mal, trop mal, ça bloque tout et je n'arrive plus à respirer, tracé plat sur l'encéphalogramme je sombre.

***